Un parcours douloureux, ma relation à la nourriture

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Voici une photo de moi à 98/99 kg, avec mon petit-fils, c'etait en 2010. Je suis restée comme ça ,jusqu'à cette année. Entre temps, j'ai quand même fait un régime, un de plus, et peut être le pire du tous, Dukan, par desespoir ,et me voici au point de départ.

 C'est une des rares photos où l'on me voit en entier. Je m'arrange toujours pour être en partie cachée derrière quelqu'un ou être photographiée uniquement sur la partie haute.

Comme ici, beaucoup plus récente où je dois peser environ 100 kg.

 

 Et la, plus récemment, lors de mon re-mariage, en Aout 2011, 100kg aussi.photo-irene-mariage-pour-site-gateau-1.jpg

 

 

 

Depuis, j'avais renoncé à me peser pour commencer à m'accepter. Je ne me pesais plus que chez ma généraliste. Mais ,rien à faire, je n'ai jamais pu accepter de vivre ainsi, avec ce surpoids qui n'a rien de "normal", pas comme on se doit d'accepter le fait d'être, roux, brun, petit, grand, avec une peau noire ou blanche. Accepter ce surpoids, c'etait accepter aussi de devenir un jour diabetique, avoir du cholesterol, des problemes d'articulation, de dépression, de devoir m'habiller dans des tailles qui deviennent de plus en plus hors de prix et frisent le ridicule.Je n'ai jamais supporté cette idée là. On peut jouer la comédie, faire croire à son entourage que l'on va bien, mais à l'intérieur, rien de tout ça.

Je me suis détestée d'être aussi faible. Je me suis dévalorisée. Je ne supportais pas mon image dans le miroir, ce n'était pas moi.

J'ai tout tenté.

En vrac:

*       Psychothérapie 3 ans. Puis d'autres pontuellement tout au long de mes échecs.  Elle m'ont aidée à me connaitre mieux, à éliminer les causes reliées à l'enfance, à comprendre ce qui avait pu m'amener à utiliser la nourriture pour calmer mes anxiétés. Oui mais voila...... je savais..... et je continuais à manger!

La dernière que j'ai faite, c'était en janvier 2012. Une hypnothérapie qui m'a permis de m'assurer que je n'avais pas été traumatisée durant l'enfance, et donné des clefs pour gérer les soucis quotidiens , grâce à des CD de relaxation.

*       Divers régimes à la mode. En passant par montignac, tous les livres de "régimes" qui prétendaient ne pas en être. Jusqu'au dernier en date, Dukan, celui qui m'a fait le plus de tort. Je mets Weight Watchers à part(2 ans puis plusieurs tentatives avortées) , car c'est vraiment un programme équilibré et qui d'ailleurs aujourd'hui est ma référence pour l'alimentation que je mets en place. Chacune de ces tentatives a été réduite à néant pour la même raison. Chaque jour que je tenais ces bonnes résolutions était une victoire dans une lutte. Quand on doit tenir à la force du poignet, en luttant quotidiennement contre ses pulsions, il y a un moment où le ressort qu'on a tenu sous pression, lache. Et là ,ça fait très mal! Mésestime de soi, culpabilisation....

J'ai failli oublier.... les enveloppements avec des bandelettes de camphre. Quelque chose d'abominable où l'on supporte le froid pendant 20mn à chaque séance, puis massage avec l'appareil qui casse la cellulite.  Souffrance garantie.

Et aussi la mesothérapie.   Il y en a tellement eu.

 

 *      Une horreur absolue, l'anneau gastrique.  En 98, ça a été la dernière chance. Soucis terribles, l'anneau m'obligeais à aller "recracher le surplus. Je ne pouvais plus manger de pomme sauf en compote, ni de viande sauf hachée, par contre le chocolat passait très bien, les pizzas aussi. Donc ,après avoir perdu 20 kilos, j'ai commencé à regrossir doucement, avec l'anneau Il y avait un combat acharné entre mon cervau qui me disait "mange" et mon estomac qui refusait. Puis le tuyau qui reliait l'anneau à la petite poire qui sert à gonfler l'anneau, s'est détaché et est allé se loger près de mes ovaires.     Je m'en suis bien sortie, vivante et sans sequelles, certaines n'ont pas eu ma chance et ont vu leur estomac se nécroser. Bizarement, on en a pas énormément parlé.  Heureusement que je n'ai pas fait le bypass ou sleeve.

 Pour moi, c'était vraiment la mutilation ultime.

Et un jour....

J'ai rencontré une jeune femme qui souffrait d'alcoolisme. En l'écoutant, j'ai compris que j'avais la même chose qu'elle. Je le soupçonnait depuis longtemps, j'ai toujours dit que j'etais une "alcoolique de la bouffe". J'aicherché à l'aider car elle avait completement laché le combat, elle avait tout tenté, les psy, les cures de sevrage...  Et je me suis mise en recherche, car cette jeune femme, mère de 3 enfants, conduisait dès le matin ses enfants à l'école, deja alcoolisée..  Je trouvais ça si triste. Et sur  un site de librairie en ligne, j'ai commandé tous les bouquins qui traitaient d'alcoolisme. Sur les 12 que j'ai reçu, un en particulier m'a  attirée, "Le dernier verre" du Pr Ameisen. Ce grand médecin, devenu alcoolique, avait découvert qu'un vieux médicament, le Baclofene, l'avait libéré de son addiction à l'alcool, il etait devenu indifférent à cette drogue. Page 262, je lis sans pouvoir y croire, que ce medicament fonctionnerait aussi pour les addictions alimentaires, les TCA. Depuis ce jour, le processus s'est engagé,  j'ai trouvé un forum qui traitait de ce medicament, m'a donné un prescripteur pour elle et apres une journée de reflexion et de doute, sachant qu'elle n'avait rien à perdre, elle décide de prendre RDV.  Voila comment elle a commencé le traitement, en Juillet 2011, et comment elle a gueri en Janvier 2012, à 310mg de ce médicament. L'alcool etait parti doucement de sa vie, sans faire de vague et sans souffrance. Je vois bien sur, cette psychiatre, en lui expliquant que moi aussi , je souffre d'une addiction, mais au sucre, au chocolat, à la malbouffe, mais celle ci me repond que ce n'est pas la même chose,

Ellle me conseille une thérapie comportementale. C'etait la seule chose que je n'avais faite. J'ai donc essayé 3 mois, où effectivement,ça s'est calmé, avec l'écoute de ces CD très souvent, mais j'étais dans le même temps dans une période très sereine de ma vie. Dès qu'une grande émotion négative est arrivé, la première chose que j'ai faite, comme toujours, c'est de me jeter sur la nurriture. Avec une violence jamais connue encore. 

Ici à 80kg, un poids que je n'ai atteint que très rarement, lors de mes régimes, et à partir duquel je suis toujours remontée, car trop de lutte contre les pulsions, trop long.... Comme quand on effectue une pression sur un ressort, on tient, on tient et un jour,on lache, fatiguée et le ressort bondit, on regrossit. C'est le yoyo. Pourtant ce yoyo m'a aussi permis de ne pas arriver à 150 kg. Donc pas de regrets,

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Après ma guérison,je suis passée de 105 à 88kg en 1 an. Simplement par l'arrêt des crises de boulimie, en mangeant "normalement" tel que les dieteticiens, nutritionnistes,endocrinos, WW ... m'avaient enseigné. A 88 kg, mon poids s'est stabilisé. Je ne suis plus remontée ni descendue de ce poids moyen de 88kg. Pendant 2 ans. Fini 40 ans de yoyo!!

 

Pourtant, mon poids était toujours trop élevé pour mon squelette, et mes 1m65. 

 

Ensuite, une stabilisation à ce poids, qui a duré 2 ans (fluctuations "normales" pour les vacances, les fêtes de fin d'années) .

 Pour perdre les 20 derniers kilos, les plus anciens et les plus profondément ancrés, je pressentais qu'il allait falloir me mettre encore au régime, recommencer à avoir faim, réduire les calories, puisque ce que je mangeais  me gardait stable mais ne me permettait pas de maigrir.

 

Au bout de 2 ans, j'ai fini par recourir à une solution "intermediaire", le ballon intragastrique. Posé le 18 Juin 2015, sans chirurgie ni cicatrices (par fibroscopie, en ambulatoire), et maintenu dans l'estomac pendant 5 mois, il m'a permi de perdre sans faim ces kilos, en rééduquant mes quantités de nourriture. Je continuais de manger très sainement mais mes quantités étaient réduites et je ne grignotais pas. Ecueil que rencontre les personnes qui ont des chirurgies bariatriques ET des pulsions sucrées, la plupart du temps.

 

Cette méthode reste malgres tout très désagréable à vivre, et ne doit être tentée que si l'on a plus les pulsions sucrées. Car il est très facile si elles sont toujours présentes, de mettre dans le petit volume de l'estomac, des aliments de mauvaise qualité. Je l'ai retiré le 26 Novembre 2015: -20kg tout rond !

 

J'ai perdu  enfin les 38 kilos qui m'ont encombré toute ma vie.

 

J'ai eu recours à un médicament et à un systeme mécanique pour le faire. Ca a eté un choix qui s'est imposé à moi après de nombreuses tentatives échouées.

Je suis pour la premiere fois de ma vie à un IMC normal 67 kg , j'ai d'abord quitté le stade obésité morbide (105kg), puis obesité modérée, puis surpoids et je suis enfin, bien dans mon corps, et je peux mettre des vetements qui me plaisent, je n'ai plus aucune douleur au niveau de mes articulations ni de lumbagos, je fais du sport 4 fois par semaine, sans souffrir,

Il me reste des séquelles de cette métamorphose, la forme de mon corps est bien loin de la perfection, de la peau en excès, mais j'en suis très fière.

Je garde ces "cicatrices" comme un trophée, le signe de ma victoire sur la maladie et la fatalité

De la volonté, j'en ai eu, pour franchir chaque étape. Même si je me suis aidée de ce que notre époque moderne et la science sont capable de faire.

Lors de l'exercice de ma future profession de naturopathe, je ne cacherai rien de ce passé qui m'a construite.

 

15 Septembre 2015Irene 15 9 2015

 

 

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